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Les investisseurs
étrangers regardent à nouveau notre pays avec les yeux de Chimène.
Il faut dire qu’Emmanuel Macron, aidé par une conjoncture
favorable, ne lésine pas sur les moyens pour les séduire.
Pour la France, "le
jour de gloire est arrivé". Contrairement à ce que l’on
pourrait croire de prime abord, on ne doit cette récente reprise de
notre hymne national ni à un souverainiste, ni à un sportif
tricolore, mais à... The Economist ! Le célèbre hebdomadaire
britannique a en effet désigné l’Hexagone "pays de l’année
2017", coiffant au poteau l’Argentine et la Corée du Sud.
Une victoire
d’autant plus savoureuse que ce magazine libéral est plus habitué
à s’adonner au French bashing (la critique de tout ce qui vient de
France) qu’à chanter nos louanges : en 2012, quelques mois après
avoir été diagnostiqués "dans le déni", nous étions
même qualifiés de "bombe à retardement au coeur de l’Union
européenne".
La bonne nouvelle,
c’est que les journalistes de The Economist ne sont pas les seuls à
avoir changé d’avis sur notre pays. Les touristes aussi ont fait
leur retour (89 millions ont visité nos contrées en 2017, un record
depuis dix ans), l’Union européenne nous a confié la tâche
d’accueillir l’Agence bancaire européenne (certes, au tirage au
sort, contre Dublin, mais Francfort, le grand favori, n’était même
pas en finale !) et le monde économique nous regarde désormais d’un
oeil différent. "Aujourd’hui, lorsque je me rends au
Royaume-Uni, on me dit que j’ai de la chance d’être français",
témoigne, éberlué, Olivier Campenon, président de la Chambre de
commerce franco-britannique.
Même son de cloche
aux Etats-Unis, selon Michael Amar, le fondateur d’Ifeelgoods, qui
vivait au pays de l’Oncle Sam avant de rentrer au bercail, l’été
dernier. "Maintenant, il est possible de dire à voix haute que
l’on est français dans la Silicon Valley… et même d’en être
fier !", plaisante-t-il. Bye bye l’image d’un pays ankylosé
et frileux, bonjour celle d’une terre attractive et prometteuse
pour les entrepreneurs et les investisseurs !
Ce regain d'intérêt
de la part des décideurs économiques étrangers se
matérialisera-t-il en termes d’investissements et d’emplois ? De
nouveaux centres de recherche ouvriront- ils leurs portes ?
Arrivera-t-on à chiper à Londres quelques miettes de la City ? On
peut l’espérer. Au reste, la tendance est déjà perceptible. En
2016, Business France, l’agence chargée de promouvoir notre pays,
a enregistré trois nouvelles décisions d’investissement par jour,
tandis que le cabinet d’audit EY notait dans son baromètre sur
l’attractivité de la France une hausse de 30% des projets
d’implantation ou d’extension de sites.
Au moment où nous
écrivions ces lignes, les chiffres pour 2017 n’étaient pas encore
connus (ils devraient être révélés au printemps), mais, entre le
nouvel entrepôt d’Amazon à Brétigny-sur-Orge (1.000 postes
créés), l’investissement de 50 millions d’euros de Fujitsu dans
un laboratoire consacré à l’intelligence artificielle, ou encore
le déménagement du siège social européen de HSBC de Londres à
Paris, la cuvée s’annonce également très honorable.
"Le début de
l’année a été un peu poussif à cause des élections, mais,
depuis le mois de mai, tout s’est débloqué", se réjouit
Robin Rivaton, directeur général de Paris Region Entreprises,
l’agence d’attractivité et de promotion internationale de
l’Ile-de-France. "Les implantations étrangères dans notre
région ont créé plus d’emplois en 2017 que l’année
précédente", renchérit Philippe Choukroun, directeur de
l’Agence d’attractivité de l’Alsace.
"Depuis le
lancement de notre enquête, il y a dix-huit ans, nous n’avons
jamais enregistré de résultats aussi positifs !",
s’enthousiasme Marc-André Kamel, associé chez Bain et
vice-président de la Chambre de commerce franco-américaine. Comme
il s’écoule toujours quelques mois entre l’amélioration de la
perception et les décisions d’investissement, les retombées
économiques de ces déclarations d’amour ne devraient pas tarder à
se faire sentir.
Pour un pays qui ne
cessait de perdre du terrain depuis le début du millénaire, ce
retournement de situation est plus que bienvenu. Il s’explique
d’abord par l’amélioration graduelle de la conjoncture
économique en France (l’an dernier, la croissance y a atteint 1,9%
selon la dernière estimation de l’Insee, le meilleur chiffre
depuis 2011), mais aussi dans la zone euro (par sa position
géographique, notre pays est un hub intéressant) et, de façon
générale, dans le reste de la planète. "Au niveau mondial, la
situation financière des entreprises est plutôt bonne, donc elles
investissent", remarque Denis Ferrand, directeur général de
COE-Rexecode.
François Hollande
n’est pas non plus totalement étranger à l’amélioration de
notre image à l’étranger : vers la fin de son quinquennat, un
léger rebond s’était déjà fait sentir, avec une augmentation du
nombre de projets à partir de 2014. "La baisse de la fiscalité
des entreprises n’a pas été facile à mettre en place, surtout au
moment où l’Etat devait aussi réduire son déficit, mais elle a
finalement porté ses fruits en termes d’attractivité pour les
investisseurs étrangers", juge Mathieu Plane, directeur adjoint
du département analyse et prévision de l’Observatoire français
des conjonctures économiques (OFCE). Grâce à cela, l’écart avec
nos concurrents, en particulier en matière de coût du travail,
s’est réduit. "Il a progressé de seulement 3,4% entre 2012
et 2017, alors qu’il grimpait de 9% en Allemagne", souligne
Stéphane Colliac, économiste en charge de la France chez Euler
Hermes.
Une bonne nouvelle,
car il s’agit de l’un des principaux freins pour les
investisseurs étrangers. "Le coût du travail était
relativement élevé, alors même que beaucoup d’adultes
n’affichent que de faibles compétences", pointe Nicola
Brandt, économiste spécialiste de notre pays à l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE). Le lancement
du label French Tech et la sanctuarisation du crédit impôt
recherche (CIR qui a été étendu aux petites et moyennes
entreprises via le crédit impôt innovation, CII), ont également
été de bons coups de pouce. "Aujourd’hui, nous avons l’un
des meilleurs dispositifs au monde pour favoriser l’implantation
d’activités de recherche", se félicite Franck Debauge,
animateur de l’Observatoire du CIR.
Dans la course à
l'échalote des investissements étrangers, l’effet de ces baisses
de charges est aujourd’hui d’autant plus marqué que notre pays
profite des coups de mou de ses voisins. Malgré un bon taux de
croissance (+ 2,1% prévu cette année par la Commission), l’Union
européenne reste en effet confrontée à beaucoup d’incertitudes,
et les milieux d’affaires détestent cela : le Royaume-Uni est
embarqué dans la galère du Brexit, l’Allemagne ne devrait pas
avoir de nouveau gouvernement avant le printemps, l’Espagne souffre
de la crise catalane, et l’Italie, l’homme malade de la zone
euro, sera encore cette année le théâtre d’élections sur
lesquelles se dessine l’ombre du populisme. Certains pays de l’Est,
comme la Pologne ou la Hongrie, très prisés des investisseurs pour
l’installation de sites industriels, commencent, eux aussi, à
inquiéter, du fait des tensions grandissantes qu’ils entretiennent
avec Bruxelles.
Et de l’autre côté
de l’Atlantique , ce n’est guère mieux. "En dépit des
réformes probusiness qu’il a entreprises, Donald Trump est
toujours rejeté par une partie du monde économique américain, en
particulier dans la Silicon Valley", pointe Michael Amar. De
plus, notre taux de chômage encore élevé, comparé à ceux des
Britanniques, Allemands ou Américains, quasiment tous au
plein-emploi, nous donne paradoxalement un coup de pouce temporaire ,
car il signifie que nous avons encore de la main-d’oeuvre
disponible !
Mais, si notre pays
gagne aujourd’hui tant de points dans le coeur des chefs
d’entreprise étrangers , c’est aussi et peut-être surtout grâce
à son nouveau président. Jusqu’au printemps dernier, les milieux
d’affaires craignaient en effet comme la peste l’arrivée au
pouvoir d’un chef d’Etat populiste. Dans le Haut-Rhin, une
entreprise allemande avait, par exemple, conditionné son
implantation au résultat de l’élection présidentielle. Le
contrat de vente du terrain contenait une clause suspensive : en cas
de victoire d’un candidat envisageant la sortie de la zone euro, il
aurait été considéré comme nul et non avenu !
Or non seulement la
menace populiste ne s’est pas confirmée, mais notre pays s’est
retrouvé du jour au lendemain avec un président jeune, moderne,
probusiness et chaud partisan du renforcement du projet européen.
"Emmanuel Macron incarne l’idée que la France est en train de
sortir de sa langueur post-Trente Glorieuses, décrypte Denis Gancel,
président de l’agence de communication W & Cie et créateur de
l’Observatoire de la marque France. L’Hexagone est prêt à
arrêter de subir la mondialisation et à en faire une opportunité :
voilà le message qui est transmis."
Et cela change tout.
En dépit de la mise en place de réformes favorables aux
entreprises, François Hollande avait beaucoup de mal à assumer une
telle posture. Or "les chefs d’entreprise ont besoin de
symboles, cela renforce la confiance", assure Olivier Campe non.
Matthieu Dejardins, qui a fondé la start-up NextUser aux Etats-Unis,
en est un bel exemple : il avait dans l’idée d’ouvrir une
filiale en France, où résident beaucoup de ses clients. L’élection
d’Emmanuel Macron l’a convaincu d’accélérer le processus .
"Le chef de l’Etat est l’incarnation de l’esprit start-up,
cela a conforté notre choix et nous sommes arrivés avec six mois
d’avance", raconte -t-il .
Les investisseurs
étrangers ne sont pas seulement charmés par le packaging.
Flexibilisation du marché du travail, baisse de la fiscalité des
entreprises, appel du pied aux banques et aux établissements
financiers installés à Londres (avec notamment l’exclusion des
bonus de l’assiette de calcul des indemnités de licenciement),
suppression de l’ISF... Dès son arrivée, le nouveau locataire de
l’Elysée a mis les bouchées doubles pour les séduire et les
obliger à regarder à nouveau la France comme une destination
potentielle.
"Tout cela
démontre que le pays est capable de se transformer, alors qu’il
donnait depuis des années l’image d’une nation irréformable",
commente Guy Maugis, président de la Chambre de commerce
franco-allemande. Ces changements nous replacent en effet dans la
course face à nos principaux concurrents, qui ont quasiment tous
déjà mis en place de telles mesures pour renforcer l’attractivité
de leur territoire. "L’Hexagone était considéré comme
compliqué, contraignant et cher par rapport aux autres pays
européens, assure Sean Gallagher, président de Xerox France. Pour
les investisseurs américains, il était difficile de comprendre
pourquoi il y avait une aussi grande différence."
Et cela fonctionne.
Selon un sondage Ipsos, près de 95% des dirigeants d’entreprise
estiment que ces réformes vont dans le bon sens pour renforcer
l’attractivité du pays. Certains en sentent d’ailleurs déjà
les effets. "L’assouplissement du marché du travail nous a
aidés à embaucher, témoigne, par exemple, Luc Graux, le président
de la filiale tricolore de SKF, le géant suédois du roulement
mécanique. Le plafonnement des indemnités de licenciement, en
particulier, nous a permis de faire passer des dossiers que notre
maison mère n’aurait même pas regardés auparavant, et d’être
crédibles vis-à-vis du groupe."
Notre pays a-t-il
pour autant course gagnée dans la compétition mondiale pour les
investissements productifs ? Il ne faut pas rêver. D’abord parce
que nous par tons de très loin. Et puis parce qu’une bonne part de
nos défauts congénitaux n’ont toujours pas été corrigés. "Nous
devons continuer à agir sur la fiscalité, qui demeure beaucoup plus
lourde que celle de nos voisins, et sur la simplification des normes
qui entravent l’activité plus que dans d’autres pays",
résume Marc Lhermitte, responsable du baromètre de l’attractivité
chez EY.
Certes, toute une
série de nouvelles réformes – plan d’action pour la croissance
et la transformation des entreprises (Pacte), remise à plat de la
formation professionnelle, modernisation de l’éducation nationale,
allègement des charges sur les hauts salaires et des taxes sur les
entreprises, simplification administrative, alignement des retraites,
etc. – sont inscrites en toutes lettres dans l’agenda du
gouvernement. "Mais beaucoup de dirigeants attendent de voir,
tempère Guy Maugis. Tant que ces nouvelles dispositions ne seront
pas effectives, ils éviteront de se lancer dans de grands projets."
On peut les
comprendre. Même si le président a pour le moment réussi à mener
sa barque à sa guise, rien ne dit en effet qu’il ne va pas caler
dans les mois à venir, une fois retombée l’euphorie des premiers
instants. Un autre écueil serait que certaines de ses réformes se
révèlent n’être que de la "poudre de perlimpinpin",
pour employer l’une de ses expressions. Celles de la formation ou
de l’éducation, par exemple, pourraient fort bien accoucher d’une
souris, à l’instar de toutes les prétendues réorganisations
précédentes dans ces domaines. Or l’amélioration des compétences
des Français et le rehaussement de leurs qualifications sont, de
l’avis général, l’un des points clés de notre future réussite.
Autre sujet sur
lequel le gouvernement pourrait être rattrapé par la patrouille :
celui de la fiscalité des entreprises. "Baisser le taux de
l’impôt sur les sociétés, c’est bien, mais cela ne règle
qu’une partie du problème, décrypte Denis Ferrand. Il faudrait
aussi alléger les impôts sur la production, qui sont payés par les
entreprises même lorsqu’elles ne font pas de bénéfices, et qui
sont bien plus élevés en France qu’en Allemagne." Selon ses
calculs, le différentiel serait de 70 milliards d’euros, presque
l’équivalent de la masse salariale de l’Etat, retraites
comprises. Autant dire qu’Emmanuel Macron a encore du pain sur la
planche, s’il veut gagner le pari de l’attractivité...

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